sociographie.net

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 7 juillet 2012

#Xroads2012 + quelques remarques sur l'organisation des LT

Voici que se termine le Crossroads in Cultural Studies 2012, il a eu lieu à Paris cette année, et j'en ai parlé sur culturevisuelle tout simplement parce que j'y intervenais avec deux collègues F. Voros et KP Hofer pour une session sur les affects discutée par S. Paasonen. Le crossroads s'est déroulé sans encombres grâce à une organisation sans failles. Il a accueilli je ne sais plus combien de centaines de sessions, avec son pesant d'interventions de haut vol et de speeches hilarants, de rencontres heureuses et de boulets, d'échanges frénétiques de cartes de visites, et de personnes que l'on a croisées sans jamais comprendre ni d'où elles sortaient ni qui elles étaient. Bref, un congrès scientifique de grande taille,

logoCS201218oct.png

Un seul regret pour moi, qui ne change pas grand chose à l'intérêt de l'événement en lui-même, reste la qualité moyenne du livetweet, alors que c'est un mode de diffusion qui pourrait, il me semble, être largement mieux encadré et surtout préparé en amont... Voici le pdf qui rassemble les tweets du LT (récupéré par le site tweetdoc.org et recomposé dans la mesure du possible par mes soins).

Lire la suite...

samedi 28 avril 2012

Parcours ethnographique en ligne et politiques d'accès aux documents

Voici le texte rédigé d'une communication que j'ai faite à l'automne dernier au congrès de l'AFEA. Elle s'insérait dans un panel qui traitait des ethnographies en ligne. La question, qui peut sembler entendue dans les web studies et les digital humanities ainsi qu'en socio et en info-com, a provoqué, à notre grande surprise, un mini-tollé en... ethnologie. Rien de grave, toutefois. Cette communication, alors même qu'elle fut plutôt poussive en live et que ce sont les questions des auditeurs qui la sauvèrent à mes yeux, m'a permis d'engager la réflexion qui a généré plus tard le plan de la conférence HiNT en mars 2012, et notamment l'idée qu'il est impossible de distinguer dispositif technique et matériau culturel, et de ne s'attache à l'étude que l'un des deux, dès lors que l'on travaille à une ethnographie du web.

Technology is neither good nor bad; nor is it neutral... technology's interaction with the social ecology is such that technical developments frequently have environmental, social, and human consequences that go far beyond the immediate purposes of the technical devices and practices themselves. M. Kranzberg (Kranzberg, 1986, p. 545) cité par d. boyd & K. Crawford (boyd & Crawford, 2011 p. 1)

I. Deux troubles ethnographiques et un parcours documentaire

Comment un ethnographe peut-il produire des données lorsqu'il enquête sur le web de l'intime, de la rencontre et de la pornographie ? Pour développer cette question de méthode, il me faut aborder entre les lignes l'existence de deux troubles liés profondément à l'activité des ethnographes. D'abord, un trouble lié au compte-rendu, à la description en ce qu'elle draine de vocabulaire, de rhétorique, d'enjeux à la représentation, etc. et, plus précisément, à l'accountability des ethnométhodologues qui implique que le terrain soit observable, rapportable, descriptible et « résumable à toute fin pratique » (Garfinkel, 2007). Grossièrement on peut illustrer ce point par la question de savoir ce que l'on décrit lorsque l'on « explore » un réseau social sur le web, et que pour cela, on se trouve seul face à l'écran d'un ordinateur. Le second trouble, lié au premier de façon assez directe dans le contexte du web, est celui de l'écriture (Jeanneret et al. 2003), et de la documentation (Georges, 2010, p.148) ou plutôt du « déjà-documenté » qui provient du fait que les pratiques en lignes ont quelque chose à voir avec la manipulation de documents, une manipulation supplémentaire et antérieure à celle qui caractérise l'activité ethnographique, ce qui, dans le fond, doit pousser l'ethnographe qui travaille en ligne à ne jamais se retrancher derrière un rôle passif d'archivage des données numériques, mais à interroger la possibilité et les manières mêmes de cet archivage.

Ces deux troubles ont à la fois paralysé et nourrit mon travail d'enquête et de compte rendu pendant de longues années parce qu'ils n'apparaissaient jamais directement comme les problèmes que je rencontrais sur le terrain, problèmes que j'associais toujours plutôt aux contenus des discours tenus par les internautes, affaires de sexualité, de conceptions de la relation amoureuse, de savoir/découvrir qui ment, qui est sincère, etc., qu'à des problèmes de documentation et de compte rendu ethnographique. D'une certaine façon, il m'a fallu considérer mon travail comme une activité ethnographique plutôt qu'une simple collecte de données pour pouvoir enfin commencer à rendre compte du terrain ; avant cela, avec la meilleure volonté du monde, je ne trouvais jamais la bonne manière de présenter dans son ensemble le corpus que j'étais en train de produire, et me contentait d'en présenter des portions minuscules.

Faire une ethnographie en ligne, c'est d'abord se donner pour objectif d'effectuer un parcours en ligne avec des moyens à peu près équivalents à ceux dont disposent la majorité des internautes (« no bigdata, no backoffice, just a mouse, my eyes and a keyboard »). Il s'agit donc d'avancer de page web en page web, de profil en discussion, de site perso en plateforme de partage ou en réseau social, au point de comprendre que l'activité des internautes, comme celle de l'ethnographe, peut être interprétée comme une suite de circulations (Boutet, 2008, p.448-449), de parcours de documentation. Surtout, en procédant ainsi, on réalise qu'il leur arrive régulièrement d'interpréter eux-mêmes leur parcours comme lié à de la documentation, et à d'autres moments d'être confrontés à ce type d'interprétation par d'autres internautes ou bien par les interfaces des sites web, sans qu'ils l'aient choisie de leur plein gré.

Lire la suite...

jeudi 26 janvier 2012

Streaming fury : les définitions du streaming et les représentations de ses usage(-r)s

Streaming fury

Il est des jours où rentrer très tard du boulot à pied est un peu compliqué surtout si l'on rajoute le fait de tout de même jeter un oeil à ses tweets avant d'aller se coucher : l'autre soir, je vois passer cette infographie fournie par les Ecrans, le site techno-geek de libé.

En une fraction de seconde ce dessin m'avait définitivement réveillé et pour tout dire rendu hystérique dans ma cuisine : il fait une erreur sur un point très simple, et, en plus, il le fait par manque de pratique du terrain sur lequel il prétend donner une leçon. L'information centrale de l'infographie affirme que le streaming n'engage aucune copie de fichier sur l'ordinateur de l'internaute et explique que c'est le principe de fonctionnement de sites web tels que megavideo (le site siamois de megaupload fermé le 19 janvier dernier) ou deezer. Voilà le problème, puisque c'est absolument faux, mais pour bien le comprendre il faut reprendre un peu comment on en arrive à parler de streaming pour deezer, youtube, ou megavideo. Ce qui va nous permettre de tracer quelques unes des lignes de forces qui président à la définition d'une technologie, des pratiques qui lui sont associées, et des représentations de l'utilisateurs qui s'y associent.

Lire la suite...

mardi 27 décembre 2011

bigdata, la nécessité d'un débat [trad. de boyd & Crawford]

J'avais complètement oublié de mentionner ici la traduction du texte "6 provocations for bigdata" de d boyd et K Crawford, effectuée en septembre 2011 en compagnie de P Grosdemouge et d'internautes bénévoles, le tout, featuré par L Allard. Cette traduction a été publiée sur Internetactu, puis sur Framasoft (je n'en retrouve pas le lien, du coup, je doute...). En voici les premiers paragraphes :

L’ère de Big Data a commencé. Les informaticiens, physiciens, économistes, mathématiciens, politologues, bio-informaticiens, sociologues, et beaucoup d’autres réclament l’accès aux quantités massives d’informations produites par et à propos des gens, des choses, et de leurs interactions. Divers groupes discutent des coûts et des bénéfices de l’analyse de l’information issue de Twitter, Google, Verizon, 23andMe, Facebook, Wikipedia, et de tous les espaces dans lesquels de grands nombres de personnes laissent des traces numériques et déposent des données. D’importantes questions émergent. Les analyses de l’ADN à grande échelle aideront-elles à guérir les maladies ? Ou bien cela aboutira-t-il à une nouvelle vague d’inégalités médicales ? L’analyse des données rendra-t-elle l’accès des gens à l’information plus efficace et effectif ? Ou sera-t-elle plutôt utilisée pour pister les manifestants dans les rues des grandes villes ? Améliorera-t-elle la manière dont nous étudions la communication et la culture humaine, ou va-t-elle rétrécir la palette des options qui s’offrent à la recherche et altérer ce que “recherche” veut dire ? Tout ou partie de ces possibilités ?

Parler en termes de Big Data est, de bien des manières, restrictif. Comme l’observe Lev Manovitch (2011), ce terme a été utilisé en sciences pour désigner les ensembles de données suffisamment grands pour nécessiter des super-ordinateurs, et bien que, désormais, de grands ensembles de données puissent être analysés sur des ordinateurs de bureau avec des logiciels standards. Il n’y a aucun doute sur le fait que les quantités de données disponibles aujourd’hui soient en effet très grandes, mais ce n’est pas la caractéristique la plus pertinente de ce nouvel écosystème des données. Les Big Data sont remarquables, non en raison de leurs tailles, mais pour leurs capacités à être articulées à d’autres données. En raison des efforts pour exploiter et agréger les données, Les Big Data sont fondamentalement liées aux réseaux. Leurs valeurs viennent des patterns qui peuvent être tirés du fait de connecter entre eux des jeux de données, concernant un individu, des individus liés à d’autres, des groupes de gens, ou simplement concernant la structure de l’information elle-même.

Plus encore, les Big Data sont importantes parce qu’elles renvoient à des analyses ayant cours à la fois à l’université et dans l’industrie. Au lieu de suggérer un terme nouveau, nous utilisons le terme Big Data ici en raison de sa prégnance populaire et parce que c’est le phénomène entourant les Big Data que nous souhaitons aborder. Ces Big Data amènent certains chercheurs à croire qu’ils peuvent tout voir d’une hauteur de 30 000 pieds. C’est le genre de données qui encourage la pratique de l’apophénie : voir des tendances là où il n’y en a aucune, simplement parce que des quantités massives de données peuvent offrir des connexions qui irradient dans toutes les directions. Pour cette raison, il est crucial de commencer à interroger les hypothèses qui vont gouverner l’analyse, les cadres méthodologiques, et les préjugés qui sous-tendent le phénomène Big Data.

la suite ici est donc sur Internetactu...

jeudi 24 novembre 2011

Réflexions sur l'hypothèse documentaire dans l'étude du web de l'intime

Ces derniers jours, sur twitter et IRL, m'a été posé une série de questions que la formule de @politechnicart peut résumer simplement : "mais pourquoi, dans ton travail sur le web, employer la notion de documents ?" La première impression que laisse peser cette question serait que la notion de document est obsolète ou ringarde, et dans les deux cas, inadéquate à une lecture du web d'aujourd'hui. j'ai d'abord pensé être capable de répondre à cette question en 140 caractères, Toutefois, rien n'est venu d'assez succinct pour loger dans un seul tweet. Cette impossibilité de la super-synthèse twittesque m'a permis de comprendre une première chose : la notion de document est une notion-pivot qui a accompagné mes déplacements sur le terrain, mais aussi mes errements entre différentes méthodes et différentes épistémologies depuis le début de cette étude en 1999. C'est à peu de choses près, la seule notion qui n'ait pas été remplacée ni éjectée, même temporairement, de ma boîte à outils sociographiques. Parler de documents m'a permis de lier différents champs d'interrogations habituellement séparés, en sciences sociales du moins, par des lexiques étrangers voire contradictoires. Voilà donc la première piste : les documents ont traversé ma description sinueuse du terrain, ils ont entériné le passage d'une méthode traditionnelle d'analyse d'un corpus de pages web à un compte-rendu ethnographique. Pour finir, ils ont accompagné et appuyé la problématisation du rôle du chercheur dans le choix du vocabulaire aussi bien sur un plan technique que sur le plan des cultures sexuelles et sentimentales, et, précisément, sur ces deux plans-là ensemble.

Lire la suite...

- page 1 de 2