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jeudi 24 novembre 2011

Réflexions sur l'hypothèse documentaire dans l'étude du web de l'intime

Ces derniers jours, sur twitter et IRL, m'a été posé une série de questions que la formule de @politechnicart peut résumer simplement : "mais pourquoi, dans ton travail sur le web, employer la notion de documents ?" La première impression que laisse peser cette question serait que la notion de document est obsolète ou ringarde, et dans les deux cas, inadéquate à une lecture du web d'aujourd'hui. j'ai d'abord pensé être capable de répondre à cette question en 140 caractères, Toutefois, rien n'est venu d'assez succinct pour loger dans un seul tweet. Cette impossibilité de la super-synthèse twittesque m'a permis de comprendre une première chose : la notion de document est une notion-pivot qui a accompagné mes déplacements sur le terrain, mais aussi mes errements entre différentes méthodes et différentes épistémologies depuis le début de cette étude en 1999. C'est à peu de choses près, la seule notion qui n'ait pas été remplacée ni éjectée, même temporairement, de ma boîte à outils sociographiques. Parler de documents m'a permis de lier différents champs d'interrogations habituellement séparés, en sciences sociales du moins, par des lexiques étrangers voire contradictoires. Voilà donc la première piste : les documents ont traversé ma description sinueuse du terrain, ils ont entériné le passage d'une méthode traditionnelle d'analyse d'un corpus de pages web à un compte-rendu ethnographique. Pour finir, ils ont accompagné et appuyé la problématisation du rôle du chercheur dans le choix du vocabulaire aussi bien sur un plan technique que sur le plan des cultures sexuelles et sentimentales, et, précisément, sur ces deux plans-là ensemble.

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mercredi 7 septembre 2011

#ede2011 : LIVETWEETs in Porquerolles [UPDATE]

Cette semaine, je me trouve sur l'ïle de Porquerolles (paradisiaque, c'est indéniable), pour expérimenter les possibilités, les limites, et les enjeux du live-tweet de manifestations scientifiques. Ma cible : l'école doctorale d'été regroupant des étudiants de l'EHESS et d'Institut Telecom. Cette année ce sont AA Casillli, PA Chardel et P. Tubaro qui sont aux commandes, et il s'agit d'aborder la thématique... de l'analyse des réseaux (SNA). Le programme est particulièrement dense, et se réparti en conférences théoriques le matin et l'après-midi et ateliers méthodo en soirée.

Le live-tweet a donc commencé lundi matin, par la conférence de P. Musso, et se poursuit depuis. À noter : le wifi est indisponible, ce qui créé des conditions très particulières pour l'activité de LT. Tout le LT se fait donc grâce à mon inestimable téléphone et son clavier physique, en 3G. Les interventions sont normalement filmées, mais sans wifi, pas de live-stream vidéo. D'où l'intérêt du LT comme palliatif et roue de secours à la diffusion live de par la légèreté de son dispositif technique.

[UPDATE :] je n'ai pas, toujours pas, rédigé les trois posts que je comptais écrire sur les LIVEtweets, alors en attendant, il reste possible d'apprendre bien des choses sur la question des SNA en consultant les vidéos qui ont été enregistrées lors du séminaire, et qui auraient du, si ORange avait tenu ses promesses de fournisseurs d'accès (#wififail), être livestreamées. Parce qu'après tout, c'était pour en rédiger les synthèses qui accompagnent ces vidéos que j'avais pris tant de soin à livetwitter les sessions. L'adresse est la suivante : http://ede2011.wp.institut-telecom.fr/ressources/ et le programme :

Sommaire des vidéos des interventions de l’École Doctorale d’Été 2011 EHESS / Institut télécom

 Cliquez sur un intitulé pour accéder aux ressources
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Bon visionnage ;-)

samedi 13 août 2011

À quoi participe-t-on ?

ce court article a été co-écrit avec l'artiste Pali meursault et publié dans un premier temps par la revue québécoise ESSE art + opinions #63

Quel est le rapport de l'œuvre d'art avec la communication ? Aucun.

Gilles Deleuze1

Se poser la question de la participation du spectateur à une proposition artistique revient à supposer d'abord une relation, dans laquelle il serait engagé. Il s'agit d'essayer de comprendre quels systèmes de relations sont en jeu face à l'art, afin de pouvoir évaluer en quoi la notion de participation a pu en transformer la nature.

Robert Morris fut l'un des premiers à introduire cette notion de participation. Son installation « Participation ; objects2 » avait la forme d'un parcours du combattant que le public était invité à emprunter à travers la Tate Gallery. L'oeuvre était pour ainsi dire inachevée dans l'installation de Morris, jusqu'au moment où les participants la réalisaient en la parcourant. La participation, ici la mise en mouvement du corps dans un lieu dont il n'avait pas l'habitude, engageait une autre appréciation du dispositif, qu'un regard passif aurait cantonné à la sculpture. En vivant le parcours, l'oeuvre devenait autre chose, questionnant justement la relation de passivité empreinte de respect, instituée dans l'espace muséal entre le spectateur et l'oeuvre.

Avec l'essor de la participation au sein de propositions comme celle de Morris, la place habituellement dévolue au spectateur dans la relation à l'oeuvre a changée. Si le spectateur n'y est peut-être pas tout à fait devenu acteur, il est certainement devenu agissant. Depuis les années soixante-dix, le spectateur a été invité à agir de plus en plus souvent. À travers des approches de la performance, de l'installation, de la création d'environnements immersifs, d'un art dit « participatif » et d'oeuvres « interactives », cette question de la relation du spectateur à l'oeuvre a été profondément travaillée.

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lundi 25 juillet 2011

FaceGlat et le binarisme de genre

orientations sexuelles vs. pratiques de documentation : le spin-off

Je viens de voir passer sur twitter la mention par @bodyspacesoc d'un site qui a pour titre Faceglat et qui se trouve présenté par les journaux comme la "réponse juive" ou encore "l'alternative kasher" à Fb. La chose remarquable sur ce site, par rapport à nombre de réseaux sociaux qui considèrent les internautes comme des individus équivalents, se situe dans le fait que dès la première page les internautes sont distingués en fonction de leur genre. Ce site est exemplaire pour illustrer un point que je n'avais pas pu aborder dans l'article sur les orientations sexuelles et les pratiques de documentations : tout réside dans l'accès, dans les politiques d'autorisations à accéder aux documents que choisissent de développer les sites de rencontre ou les SNS.

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dimanche 17 juillet 2011

orientations sexuelles vs. pratiques de documentation : redéfinition des sexualités par l'architecture des sites de rencontre

Ce texte est la version rédigée de ma communication au congrès de l'A.F.S. 5-8 Juillet 2011. On peut trouver un compte-rendu assez détaillé de certaines sessions sur le blog de P. Merklé, ainsi que le pdf du livetweet #AFS11 intégral sur le blog cultureordinaire

Ce texte a été présenté lors de la deuxième session du RT 16 - sociologie clinique -

penser l'articulation du goût, des identités et des pratiques de documentation sexuelle en ligne

# INTRODUCTION:

Je vais aborder la question de l'impact des pratiques du web sur les manières de se définir sexuellement. En effet, les cultures sexuelles et sentimentales, les cultures de l'intime, trouvent leurs repères de plus en plus souvent sur internet, et il faut envisager que la génération des trentenaires est la dernière à avoir amorcé la construction de sa culture sexuelle sans l'usage plus ou moins intense d'Internet. D'où l'intérêt de se pencher sur ce genre de question maintenant. En ligne, il n'existe pas une manière unique de se présenter et de définir ses aspirations sentimentales et/ou sexuelles. Chaque site web génère sa propre manière de se présenter, en conditionnant les formulaires d'inscription. Toutefois, il existe une catégorie qui est systématiquement demandée par les bases de données: celle du genre.

Que l'on s'inscrive pour voir, pour se montrer, ou pour rencontrer en ligne, il faut préciser son genre ce qui correspond, le plus souvent, à dire si l'on est un homme ou une femme. Il est pratiquement impossible de rester à l'abri du genre, de tenter de bénéficier de la neutralité du vocable "internaute", dès lors que l'on navigue sur le web de l'intime. En fait, l'usage final du site est peu important ici, dans la mesure où ce qui nous intéresse c'est l'articulation entre des pratiques de documentation, des circulations entre les pages à l'écran et des déclarations identitaires. Que les sites servent à rencontrer l'âme-sœur ou à rencontrer les partenaires d'une nuit, à discuter en ligne, ou bien à produire des spectacles cybersexuels, ou encore à la seule consultation de pornographie, tous requièrent une identification, au moins par le genre, à un moment donné.

Aussi, les manières dont les internautes s'identifient sexuellement lorsqu'ils se connectent, tout comme celles par lesquelles ils articulent leurs identifications à des pratiques hors-ligne et en ligne, sont essentielles à prendre en considération. Et c'est ce que les sites web vont faire de ces données identitaires qui nous intéresse ici. Je voudrais montrer comment le genre, l'orientation sexuelle, et l'expression des goûts sexuels sont devenus les piliers d'une gestion des parcours des internautes entre les documents proposés par les sites web. Mais surtout, je voudrais montrer comment le web de l'intime n'est pas une surface homogène, que l'on pourrait décrire depuis un point de vue unique avec un vocabulaire fixe, en lui appliquant une carte des identités sexuelle, par exemple, ou en le scindant en en deux (un web sentimental contre un web du cybersexe). Au contraire, cette hétérogénéité profonde du web de l'intime est la conséquence de l'articulation entre les identifications par les données de genre et l'accès aux documents, c'est-à-dire le résultat, non pas de variétés de comportements individuels ni d'objectifs à atteindre tout aussi individuels, mais bien d'une machinerie sémio-technique composite, fragmentaire, incohérente, et pourtant belle et bien efficace.

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