Résumé de l'article :

Au cours des années 2012 et 2013, le projet de réforme du Code civil français visant l’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe a fait l’objet d’une importante controverse et a rencontré une forte opposition, notamment représentée par La Manif pour tous. Le mouvement d’opposition s’est en particulier appuyé sur une formation discursive défendant une conception rigide de la « différence des sexes » par la revendication d’un modèle familial strictement nucléaire et d’une division sexuée des rôles sociaux. À partir de l’étude des traces d’usages sur Twitter, cet article vise à interroger les processus de médiatisation de cette controverse tels qu’ils se sont manifestés au sein de ce réseau social numérique. Sur la base d’un corpus de tweets collectés durant le printemps 2013, nous proposons une réflexion à la fois méthodologique et théorique sur les enjeux et modalités du déploiement des discours relatifs à la controverse au sein de cette plateforme de sociabilité numérique. En interrogeant la dimension affective de l’usage des hashtags (mots-clés choisis par les usagers pour indexer un message), nous tentons de rendre compte de l’activation en ligne de rapports de force au travers desquelles se constitue et s’exerce l’identité des acteurs collectifs de la controverse. Il s’agit de décrire la capacité de cette pratique ordinaire d’indexation à mettre en tension des discours au sein d’un champ de relations. L’article souligne ainsi combien la participation au débat public relatif au « mariage pour tous » sur Twitter n’aurait pas tant consisté en l’expression de la singularité des usagers qu’en la contribution de ces derniers à une entreprise collective de construction et d’indexation de tensions sociales dont ils étaient en situation de faire l'expérience.

Abstract :

In 2012 and 2013, the opening of a national debate around the reform of marriage in France sparkled a national controversy and met fierce opposition, especially represented by La Manif pour tous. The contestation movement based itself on a specific discursive formation that fostered a rigid conception of “sexual difference”, of the definition of “family” and of the sexual division of social roles and labour. Tracking the uses on Twitter, this article examines the mediatization processes of this controversy as they were expressed on this social networking site. Through the analysis of a corpus of tweets collected during the spring 2013, it offers methodological and theoretical thoughts on the modes of deployment of discourses around the controversy on this social media. By questioning the affective dimension of the uses of hashtags, it aims at understanding the ways in which online discourses activated power relations that contributed to shape the identity of the collective actors of this controversy. Through a description of hashtags’s ability to put discourses into tension within a network of power relations, the article underlines that, for the users, participation to this public debate on Twitter entailed not the expression of their singularity but rather contributing to a collective enterprise of constructing and indexing the social tensions that they were experiencing.