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samedi 28 avril 2012

Parcours ethnographique en ligne et politiques d'accès aux documents

Voici le texte rédigé d'une communication que j'ai faite à l'automne dernier au congrès de l'AFEA. Elle s'insérait dans un panel qui traitait des ethnographies en ligne. La question, qui peut sembler entendue dans les web studies et les digital humanities ainsi qu'en socio et en info-com, a provoqué, à notre grande surprise, un mini-tollé en... ethnologie. Rien de grave, toutefois. Cette communication, alors même qu'elle fut plutôt poussive en live et que ce sont les questions des auditeurs qui la sauvèrent à mes yeux, m'a permis d'engager la réflexion qui a généré plus tard le plan de la conférence HiNT en mars 2012, et notamment l'idée qu'il est impossible de distinguer dispositif technique et matériau culturel, et de ne s'attache à l'étude que l'un des deux, dès lors que l'on travaille à une ethnographie du web.

Technology is neither good nor bad; nor is it neutral... technology's interaction with the social ecology is such that technical developments frequently have environmental, social, and human consequences that go far beyond the immediate purposes of the technical devices and practices themselves. M. Kranzberg (Kranzberg, 1986, p. 545) cité par d. boyd & K. Crawford (boyd & Crawford, 2011 p. 1)

I. Deux troubles ethnographiques et un parcours documentaire

Comment un ethnographe peut-il produire des données lorsqu'il enquête sur le web de l'intime, de la rencontre et de la pornographie ? Pour développer cette question de méthode, il me faut aborder entre les lignes l'existence de deux troubles liés profondément à l'activité des ethnographes. D'abord, un trouble lié au compte-rendu, à la description en ce qu'elle draine de vocabulaire, de rhétorique, d'enjeux à la représentation, etc. et, plus précisément, à l'accountability des ethnométhodologues qui implique que le terrain soit observable, rapportable, descriptible et « résumable à toute fin pratique » (Garfinkel, 2007). Grossièrement on peut illustrer ce point par la question de savoir ce que l'on décrit lorsque l'on « explore » un réseau social sur le web, et que pour cela, on se trouve seul face à l'écran d'un ordinateur. Le second trouble, lié au premier de façon assez directe dans le contexte du web, est celui de l'écriture (Jeanneret et al. 2003), et de la documentation (Georges, 2010, p.148) ou plutôt du « déjà-documenté » qui provient du fait que les pratiques en lignes ont quelque chose à voir avec la manipulation de documents, une manipulation supplémentaire et antérieure à celle qui caractérise l'activité ethnographique, ce qui, dans le fond, doit pousser l'ethnographe qui travaille en ligne à ne jamais se retrancher derrière un rôle passif d'archivage des données numériques, mais à interroger la possibilité et les manières mêmes de cet archivage.

Ces deux troubles ont à la fois paralysé et nourrit mon travail d'enquête et de compte rendu pendant de longues années parce qu'ils n'apparaissaient jamais directement comme les problèmes que je rencontrais sur le terrain, problèmes que j'associais toujours plutôt aux contenus des discours tenus par les internautes, affaires de sexualité, de conceptions de la relation amoureuse, de savoir/découvrir qui ment, qui est sincère, etc., qu'à des problèmes de documentation et de compte rendu ethnographique. D'une certaine façon, il m'a fallu considérer mon travail comme une activité ethnographique plutôt qu'une simple collecte de données pour pouvoir enfin commencer à rendre compte du terrain ; avant cela, avec la meilleure volonté du monde, je ne trouvais jamais la bonne manière de présenter dans son ensemble le corpus que j'étais en train de produire, et me contentait d'en présenter des portions minuscules.

Faire une ethnographie en ligne, c'est d'abord se donner pour objectif d'effectuer un parcours en ligne avec des moyens à peu près équivalents à ceux dont disposent la majorité des internautes (« no bigdata, no backoffice, just a mouse, my eyes and a keyboard »). Il s'agit donc d'avancer de page web en page web, de profil en discussion, de site perso en plateforme de partage ou en réseau social, au point de comprendre que l'activité des internautes, comme celle de l'ethnographe, peut être interprétée comme une suite de circulations (Boutet, 2008, p.448-449), de parcours de documentation. Surtout, en procédant ainsi, on réalise qu'il leur arrive régulièrement d'interpréter eux-mêmes leur parcours comme lié à de la documentation, et à d'autres moments d'être confrontés à ce type d'interprétation par d'autres internautes ou bien par les interfaces des sites web, sans qu'ils l'aient choisie de leur plein gré.

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vendredi 9 mars 2012

Histoires de Rencontres / Séminaire HiNT - cnrs [UPDATE]

Je recopie plus bas l"information concernant le séminaire HINT "hitoires de rencontres" auquel V. Schafer et F. Georges m'ont convié à participer aux côtés de M. Pastinelli et M. Gourarier. Une capture audio a été faite, et il est donc possible d'écouter en mp3 les 3 présentations à l'adresse suivante : http://www.iscc.cnrs.fr/spip.php?article1599 ou seulement la mienne avec le petit player en-dessous.

Je recopie ici les résumés des interventions :

Histoires de rencontres

Mercredi 21 mars 2012, de 14h à 17h, Institut des Sciences de la Communication du CNRS

La quatrième séance du séminaire Hint - Histoires de l’internet aura pour thème Histoires de rencontres. Cette séance croisera comme les précédentes les regards scientifiques pour commencer à éclairer un champ encore peu historicisé de l’histoire de l’Internet : les outils de discussion et les sites de rencontre. Sommaire :

Programme

« Histoire de rencontres d’IRC à Match.com : ressorts et enjeux d’une transformation du rapport à l’autre », par Madeleine Pastinelli, professeure agrégée, Département de sociologie de l’Université de Laval, Québec.

On ne peut aborder la rencontre dans IRC que dans une perspective historique, c’est-à-dire en tenant compte des changements qu’elle a connus dans le temps et de la manière dont elle a évolué. Cette évolution s’est faite dans le contexte de la démocratisation des accès à Internet, qui a donné lieu à la multiplication des canaux et à leur localisation toujours plus étroite, jusqu’à la quasi-disparition d’IRC, alors que les réseaux de rencontres amoureuses prenaient le relais en offrant un dispositif qui était parfaitement adapté à ce qu’étaient devenus les usages d’IRC. Madeleine Pastinelli retracera les grandes lignes de cette histoire, en faisant valoir la pertinence de la perspective historique, qui permet d’échapper à une lecture déterministe des pratiques observables.

« Rencontre en ligne et sites de rencontre : comment les pratiques en ligne trans-, bi- et queer réinterrogent la notion de site de rencontre », par Fred Pailler, sociologue, ingénieur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales et doctorant à l’Université de Nantes.

L’opinion courante voudrait qu’un « site de rencontre » soit une architecture technique culturellement neutre spécifiée ensuite par des contenus fournis par des internautes de différentes orientations sexuelles. Or, D. Cardon montre que la conception technique des sites de rencontre varie suivant les communautés auxquelles ils s’adressent : les sites de rencontre généralistes et les sites gays et lesbiens n’offrent pas les mêmes fonctionnalités techniques (Cardon 2008), au point que les seconds n’utilisent pratiquement pas l’appellation "site de rencontre". De plus, les attendus et la définition même de la rencontre varient selon les interfaces utilisées, au point d’exiger une déconstruction de cette notion (le fait qu’elle ait "lieu" hors-ligne, par ex.). Par l’approche historique d’un corpus de sites qui déclarent mettre en relation des internautes (sites de rencontre conjugalistes, sites de webcam, sites de concours d’anatomies, réseaux sociaux, sites de partages de vidéos pornographiques), nous mettrons en évidence les implicites culturels qui président à leur conception et à leur usage et tenterons de spécifier certaines des manières de faire associées à des identifications minoritaires, notamment trans, bi et queer, au cours des années 2000.

« Les espaces de la séduction masculine. Une analyse comparée de la séduction en ligne et hors ligne au sein de la Communauté de la séduction en France » par Mélanie Gourarier, sociologue, doctorante au Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS) de l’EHESS.

À partir d’un terrain ethnographique mené en France entre 2007 et 2010 dans les différents espaces de la Communauté de la séduction, groupe apparu en Californie à la fin des années 90, composé d’hommes intéressés par l’apprentissage de la séduction des femmes, Mélanie Gourarier interrogera les ressorts heuristiques d’une enquête menée conjointement sur Internet et en dehors. Les réseaux de sociabilités entre hommes générés par la Communauté, induisent une présence à la fois sur Internet, par le biais de forums, de blogs ou d’articles postés par les membres sur les principaux sites du groupe, et en dehors, lors des réunions et des séminaires organisés par les coaches de la Communauté ou lors des sessions d’entrainement à la séduction dans les espaces publics. Travaillant sur des questions relatives à la production de la masculinité, comment penser ces espaces spécifiques, sans les isoler dans l’analyse ?

vendredi 10 février 2012

streaming fury 2 : précisions sur les interfaces users-friendly et les 2 figures du néophyte et du nerd

Le texte qui suit est une réponse à un commentaire rédigé par l'effronté J Chibois sur son carnet de recherche LASPIC sur hypothèse.org , commentaire dans lequel il revient sur le post sur le streaming et les interfaces user-friendly que j'avais publié ici il y a quinze jours.

"Merci pour ta lecture et pour le retour, et si parfois il me pose problème (c'est l'objet de cette longue réponse), cela n'efface en rien le fait que toute lecture faite par quelqu'un d'un texte que l'on a soi-même écrit est une invitation généreuse à se relire (et dans mon cas à constater que je ne prends pas le temps de développer les idées qui le mériteraient ni à corriger quelques unes des fautes de conjugaisons et des millions de coquilles/digislexies par post…). Je vais aller à l'essentiel, c'est-à-dire sur les points où je pense que l'on ne s'est pas compris, et où je me dois de préciser assez les choses pour rendre lisible mon premier post sur le streaming.

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jeudi 26 janvier 2012

Streaming fury : les définitions du streaming et les représentations de ses usage(-r)s

Streaming fury

Il est des jours où rentrer très tard du boulot à pied est un peu compliqué surtout si l'on rajoute le fait de tout de même jeter un oeil à ses tweets avant d'aller se coucher : l'autre soir, je vois passer cette infographie fournie par les Ecrans, le site techno-geek de libé.

En une fraction de seconde ce dessin m'avait définitivement réveillé et pour tout dire rendu hystérique dans ma cuisine : il fait une erreur sur un point très simple, et, en plus, il le fait par manque de pratique du terrain sur lequel il prétend donner une leçon. L'information centrale de l'infographie affirme que le streaming n'engage aucune copie de fichier sur l'ordinateur de l'internaute et explique que c'est le principe de fonctionnement de sites web tels que megavideo (le site siamois de megaupload fermé le 19 janvier dernier) ou deezer. Voilà le problème, puisque c'est absolument faux, mais pour bien le comprendre il faut reprendre un peu comment on en arrive à parler de streaming pour deezer, youtube, ou megavideo. Ce qui va nous permettre de tracer quelques unes des lignes de forces qui président à la définition d'une technologie, des pratiques qui lui sont associées, et des représentations de l'utilisateurs qui s'y associent.

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mardi 27 décembre 2011

bigdata, la nécessité d'un débat [trad. de boyd & Crawford]

J 'avais complètement oublié de mentionner ici la traduction du texte "6 provocations for bigdata" de d boyd et K Crawford, effectuée en septembre 2011 en compagnie de P Grosdemouge et d'internautes bénévoles, le tout, featuré par L Allard. Cette traduction a été publiée sur Internetactu, puis sur Framasoft (je n'en retrouve pas le lien, du coup, je doute...). En voici les premiers paragraphes :

L’ère de Big Data a commencé. Les informaticiens, physiciens, économistes, mathématiciens, politologues, bio-informaticiens, sociologues, et beaucoup d’autres réclament l’accès aux quantités massives d’informations produites par et à propos des gens, des choses, et de leurs interactions. Divers groupes discutent des coûts et des bénéfices de l’analyse de l’information issue de Twitter, Google, Verizon, 23andMe, Facebook, Wikipedia, et de tous les espaces dans lesquels de grands nombres de personnes laissent des traces numériques et déposent des données. D’importantes questions émergent. Les analyses de l’ADN à grande échelle aideront-elles à guérir les maladies ? Ou bien cela aboutira-t-il à une nouvelle vague d’inégalités médicales ? L’analyse des données rendra-t-elle l’accès des gens à l’information plus efficace et effectif ? Ou sera-t-elle plutôt utilisée pour pister les manifestants dans les rues des grandes villes ? Améliorera-t-elle la manière dont nous étudions la communication et la culture humaine, ou va-t-elle rétrécir la palette des options qui s’offrent à la recherche et altérer ce que “recherche” veut dire ? Tout ou partie de ces possibilités ?

Parler en termes de Big Data est, de bien des manières, restrictif. Comme l’observe Lev Manovitch (2011), ce terme a été utilisé en sciences pour désigner les ensembles de données suffisamment grands pour nécessiter des super-ordinateurs, et bien que, désormais, de grands ensembles de données puissent être analysés sur des ordinateurs de bureau avec des logiciels standards. Il n’y a aucun doute sur le fait que les quantités de données disponibles aujourd’hui soient en effet très grandes, mais ce n’est pas la caractéristique la plus pertinente de ce nouvel écosystème des données. Les Big Data sont remarquables, non en raison de leurs tailles, mais pour leurs capacités à être articulées à d’autres données. En raison des efforts pour exploiter et agréger les données, Les Big Data sont fondamentalement liées aux réseaux. Leurs valeurs viennent des patterns qui peuvent être tirés du fait de connecter entre eux des jeux de données, concernant un individu, des individus liés à d’autres, des groupes de gens, ou simplement concernant la structure de l’information elle-même.

Plus encore, les Big Data sont importantes parce qu’elles renvoient à des analyses ayant cours à la fois à l’université et dans l’industrie. Au lieu de suggérer un terme nouveau, nous utilisons le terme Big Data ici en raison de sa prégnance populaire et parce que c’est le phénomène entourant les Big Data que nous souhaitons aborder. Ces Big Data amènent certains chercheurs à croire qu’ils peuvent tout voir d’une hauteur de 30 000 pieds. C’est le genre de données qui encourage la pratique de l’apophénie : voir des tendances là où il n’y en a aucune, simplement parce que des quantités massives de données peuvent offrir des connexions qui irradient dans toutes les directions. Pour cette raison, il est crucial de commencer à interroger les hypothèses qui vont gouverner l’analyse, les cadres méthodologiques, et les préjugés qui sous-tendent le phénomène Big Data.

la suite ici est donc sur Internetactu...

dimanche 25 décembre 2011

#lumiR LIVETWEETs in Roubaix, colloque Éloge de la lumière [UPDATE:]

le 14/12/2011 :

Un nouveau LT en perspective, avec une nouvelle configuration technique et pratique : cette fois-ci, je pars seul mais avec, en parallèle des tweets, un live-stream (c'était la configuration originellement prévue pour #ede2011 :-D ). On va peut-être pouvoir observer la manière dont la scripto-diffusion initiale peut se croiser avec le livestream qui est, jusqu'à présent, plutôt moteur d'une forme conversationnelle de LT. Il s'agit avant tout de pouvoir considérer le livetweet depuis sa fonction de diffusion à distance plutôt que de valoriser systématiquement son effet de backchanneling - désormais identifié comme "la" caractéristique des LT (un post de d. boyd décrit plutôt bien, dans une version post-traumatique, ce principe de backchannel, la communication qu'elle présentait est en lien à la toute fin du post).

En attendant, je recopie le texte d'intro du wordpress de gamelab-agency (auto-piratage en somme) :

Gamelab Agency accompagne la production et de la diffusion de projets artistiques & intellectuels autour de l’innovation, des nouvelles technologies et du jeu vidéo. Notre première intervention officielle a lieu durant le colloque « Éloge et travail de la lumière », qui se tient à la Condition Publique à Roubaix, les 15 et 16 décembre 2011. Le programme se trouve ici.

Notre présence y est discrète, volontairement périphérique : nous allons adjoindre à la manifestation le « livetweet » et « l’augmentation » des conférences, c’est-à-dire, tout simplement, la diffusion sur le web de synthèses et / ou d’informations en rapport avec les conférences. Ces données seront ensuite archivées et rendues accessibles sur le site de Gamelab-Agency et / ou utilisées pour « augmenter » les captations vidéos du colloque (un livestream vidéo sera disponible sur selfworld.com).

Ainsi, pour suivre les émissions de notre satellite d’observation et de commentaire du colloque « Eloge de la Lumière » impulsé par Annie Leuridan, vous pouvez vous connecter au Livetweet de Fred Pailler ou le plug-in twitter ci-dessous. Vous pourrez aussi interagir, commenter et participer, avec votre compte twitter, en suivant le hastag #lumiR.

le 25/12/2011 :

Le colloque est terminé. Il fut très enrichissant pour moi d'y assister, notamment parce que j'y ai eu l'occasion d'actualiser la notion foucaldo-deleuzienne de visibilités. Durant les interventions, j'ai eu l'immense plaisir de découvrir une suite de questionnements non-académique sur les enjeux de travail de la lumière, de définition des territoires et de production et de conception des affects. j'ai rédigé un compte-rendu développant ce point, compte-rendu que l'on peut lire sur le blog /politiquesdesaffects.

Concernant la pratique du livetweet à proprement parler, en deux mots, il fut intense et nécessita par moment trois appareils pour assurer sa fluidité (#wififail de la Condition Publique, à croire que je paie un karma très moisi en lien avec le wifi). Surtout, probablement autant à cause des interventions elles-mêmes que du faible usage de twitter par les professions qui étaient présentes sur le colloque, ce livetweet a pris la forme d'une scripto-diffusion "sèche", me transformant en léon Zitrone de la #lumiR plutôt qu'en lanceur de tweetclashes. Non pas que les retours furent froids ou absents, au contraire, mais ils avaient plutôt la teneur d'une appréciation globale de l'activité de diffusion que d'un engagement conversationnel de la part de ceux qui les rédigeaient. J'espère avoir le temps de mettre rapidement à jour la portion de compte-rendu sur le livetweet d'ici quelques jours, même si l'agenda présidant le passage de 2011 à 2012 semble déborder de toutes parts.

hop!

jeudi 24 novembre 2011

Réflexions sur l'hypothèse documentaire dans l'étude du web de l'intime

Ces derniers jours, sur twitter et IRL, m'a été posé une série de questions que la formule de @politechnicart peut résumer simplement : "mais pourquoi, dans ton travail sur le web, employer la notion de documents ?" La première impression que laisse peser cette question serait que la notion de document est obsolète ou ringarde, et dans les deux cas, inadéquate à une lecture du web d'aujourd'hui. j'ai d'abord pensé être capable de répondre à cette question en 140 caractères, Toutefois, rien n'est venu d'assez succinct pour loger dans un seul tweet. Cette impossibilité de la super-synthèse twittesque m'a permis de comprendre une première chose : la notion de document est une notion-pivot qui a accompagné mes déplacements sur le terrain, mais aussi mes errements entre différentes méthodes et différentes épistémologies depuis le début de cette étude en 1999. C'est à peu de choses près, la seule notion qui n'ait pas été remplacée ni éjectée, même temporairement, de ma boîte à outils sociographiques. Parler de documents m'a permis de lier différents champs d'interrogations habituellement séparés, en sciences sociales du moins, par des lexiques étrangers voire contradictoires. Voilà donc la première piste : les documents ont traversé ma description sinueuse du terrain, ils ont entériné le passage d'une méthode traditionnelle d'analyse d'un corpus de pages web à un compte-rendu ethnographique. Pour finir, ils ont accompagné et appuyé la problématisation du rôle du chercheur dans le choix du vocabulaire aussi bien sur un plan technique que sur le plan des cultures sexuelles et sentimentales, et, précisément, sur ces deux plans-là ensemble.

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mercredi 19 octobre 2011

CHATROULETTE : AND SEX BECAME THE MISTAKE OF WEB 2.0

This paper was first published in POLI #4, a young french review wich offers to understand politics of images in a way directly related to cultural studies. the #4 's table of content was split in 3 parts : "bodies experiencing/facing sports" , " sex & social networks" and interviews, the first one with sociologist A. A. Casillli about online representations of the body, and the last one with B. Ruby RItch about queer cinema.

THis paper was translated from french by Sam Ripault. (thanks for his really high reactivity.)

Between the end of 2009 and the beginning of 2010, a dazzling publicity was made around the website Chatroulette.com. By the summer of 2010, however, it is not yet clear if its future might be that of a reappearance under a new form or a disappearance for good. Over one winter, Chatroulette has been causing a few problems to internet users, especially to those involved in commenting and describing the Web, whether they be journalists, sociologists or medias experts. This is one of these problems we will be discussing here. Chatroulette is a website offering to anyone equipped with a webcam to be audiovisually connected with a stranger. If it remains possible not to activate our own webcam, it is customary to authorize the computer to film us as our interlocutor is himself filmed. The main screen in the interface of Chatroulette is split into two parts of equivalent sizes. On the right half of the screen is a box for typing up messages, looking like an online chat service in which interlocutors would type in turns. The left half of the screen displays two webcam video frames, the interlocutor's at the top, our own at the bottom. The interface of Chatroulette thus allows connected users to simultaneously see, talk and send text messages to each other, displaying something that is very unlikely to be found offline: visualizing the shot, reverse shot and dialogue script at once or, in other words: displaying the documentary representation of the face-to-face we are taking part in.

As its name states, Chatroulette takes effect on a visual surprise, and its originality lies there. The connection with the interlocutor is random: we do not know who he will be and, until first glance at the screen, neither does he. We are discovering the other through the video he is showing of himself, even before any word can be read or typed. The interface assigns a specific use to the F9 key, which is attributed the “next” function that discards an interlocutor and immediately switch to the next video, showing another stranger with whom to engage a discussion. Most of the time, this is actually what a first experience of Chatroulette is made of: we experience the power of others of allowing or discarding our image on their screen, and we usually start with being discarded. Even though it would be easy to, in our turn, hit the “next” button hectically, soon arises the necessity of performing, of displaying an appealing element so as to catch the attention of interlocutors. The more we are pro-posing, the more likely we are to extract from the stroboscopic stream of successive discarded videos1. Then, people will react with imitations or contributions of their own, on Chatroulette, it is catching up or it is not.

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mercredi 7 septembre 2011

#ede2011 : LIVETWEETs in Porquerolles [UPDATE]

Cette semaine, je me trouve sur l'ïle de Porquerolles (paradisiaque, c'est indéniable), pour expérimenter les possibilités, les limites, et les enjeux du live-tweet de manifestations scientifiques. Ma cible : l'école doctorale d'été regroupant des étudiants de l'EHESS et d'Institut Telecom. Cette année ce sont AA Casillli, PA Chardel et P. Tubaro qui sont aux commandes, et il s'agit d'aborder la thématique... de l'analyse des réseaux (SNA). Le programme est particulièrement dense, et se réparti en conférences théoriques le matin et l'après-midi et ateliers méthodo en soirée.

Le live-tweet a donc commencé lundi matin, par la conférence de P. Musso, et se poursuit depuis. À noter : le wifi est indisponible, ce qui créé des conditions très particulières pour l'activité de LT. Tout le LT se fait donc grâce à mon inestimable téléphone et son clavier physique, en 3G. Les interventions sont normalement filmées, mais sans wifi, pas de live-stream vidéo. D'où l'intérêt du LT comme palliatif et roue de secours à la diffusion live de par la légèreté de son dispositif technique.

[UPDATE :] je n'ai pas, toujours pas, rédigé les trois posts que je comptais écrire sur les LIVEtweets, alors en attendant, il reste possible d'apprendre bien des choses sur la question des SNA en consultant les vidéos qui ont été enregistrées lors du séminaire, et qui auraient du, si ORange avait tenu ses promesses de fournisseurs d'accès (#wififail), être livestreamées. Parce qu'après tout, c'était pour en rédiger les synthèses qui accompagnent ces vidéos que j'avais pris tant de soin à livetwitter les sessions. L'adresse est la suivante : http://ede2011.wp.institut-telecom.fr/ressources/ et le programme :

Sommaire des vidéos des interventions de l’École Doctorale d’Été 2011 EHESS / Institut télécom

 Cliquez sur un intitulé pour accéder aux ressources
Si vous ne voyez pas les vidéos mettez à jour votre lecteur Flash

Bon visionnage ;-)

#ASA2011 : LIVETWEETs in Las Vegas

American Sociological Association conference

Du 20 au 25 aout 2011 va se tenir le congrès annuel De l'ASA à Las Vegas. 5000 Sociologues seront regroupés dans la ville des joueurs et des péchés, Beaucoup de monde donc, comparé au millier de sociologues réunis en juillet dernier à Grenoble lors de l'#AFS2011, pourtant déjà impressionnant. Peu de communication sur cet évènement en France, et, de fait, on pourrait penser qu'il n'intéresse que des américains voyant ici l'occasion de se retrouver autour d'un buffet froid. Après avoir suivi les live-tweets de certaines sessions de la première journée de #ASA2011, il apparaît évident qu'il faut enterrer la conception nationalo-centrée des réunions annuelles des associations de chercheurs, de sociologues en particuliers. Qu'est-ce qu'un live-tweet ? Pour faire rapide, c'est la transmission en direct sur le web et en séquences de 140 caractères maximum de ce que quelqu'un entend et comprend d'une intervention à laquelle il assiste dans le cadre d'un congrès. Le live-tweet peut prendre des formes variées, selon les live-tweeters et selon les conférences tweetées, mais l'intérêt du LT est suffisamment simple pour ne pas souffrir de ces variations.

He had a dream

Il y a quelques jours,@yannleroux évoquait dans un post sur psyetgeek qu'il rêvait parfois d'une communauté de chercheurs qui indexait les pages qu'elle trouvait intéressante, les discussions qu'elle tenait sur les réseaux sociaux, etc. En somme, il tenait à rappeler l'usage qu'il était possible de faire du web et des réseaux sociaux pour les chercheurs, twitter en fait partie intégrante, très probablement. Même si la pratique du live-tweet est une pratique qui prête parfois à controverse, Le LT pose problème notamment avec les personnes qui se sentent flouées de n'avoir pas su dès le départ compris qu'elles étaient "publiées" en live (l'outing de certains Livetwitters a déjà causé quelques remous dans des colloques français).D'autre fois, le LT fait l'objet d'un certain dédain, paradoxalement sur twitter lui-même, les live-tweets y étant souvent désignés comme bons uniquement à signifier l'appartenance du LTer à un lieu/évènement/groupe. Je ne crois pas que vexation et dédain aient le moindre fondement pratique.

What happens in Vegas does not have to stay in Vegas

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Dans l'année de recherches et de lectures que je viens de passer, j'ai découvert deux auteurs vivants (et jeunes) majeurs pour mes travaux. L'une parce qu'un ami a assisté à sa conférence lors d'un colloque en italie, colloque dont je n'avais même pas entendu parler, alors que le thème m'intéressait au plus haut point. Et l'autre, lors d'un live-Tweet de l'#AFS2011 pendant lequel un type a mentionné sur twitter un intervenant intéressant dans une session que je ne suivais pas, session que j'ai fini par rejoindre tellement les tweets donnaient envie. Dans les deux cas, une personne tierce mentionne le nom et la qualité d'une intervention, et associe en lien ou en vrai quelques références, photocopies ou blogs, pour satisfaire ma curiosité et mon intérêt. Le même principe, indexer, documenter et nommer un travail, un auteur, que ce soit IRL ou online. Par ailleurs, une collègue qui n'avait pas pu se rendre à un événement important dans le cadre de ses recherches a pu se faire une idée des interventions, et donc une image, "réduite" et déformée cela va sans dire (mais toujours mieux que rien), de l'état du champ dans lequel elle évolue grâce à la lecture d'un pdf qui agglomérait à des fins d'archivage l'ensemble des tweets concernant cette manifestation.

Comment suivre le livetweet #asa2011

<p>C'est à cela que les LT de #asa2011 peuvent servir pour des chercheurs français, Pour ma part, en suivant de jeunes bloggeurs dont j'apprécie par ailleurs le travail @pjrey et @nathanjurgenson de @cyborgology), j'ai appris l'existence des travaux concernant les "social justice warriors" de rebecca West sur 4chan, ou bien des discussions à propos des perspectives queer-latino/a/s selon Puri, Ortiz-vidal et Ascensio, etc. (tout cela LTé par @emannphd ). Des noms, des thèmes de recherches, des idées qui parfois me gonflent, d'autres fois excitent mon imagination (l'interêt de @nathanjurgenson pour les processus de documentation semble très proche du mien, c'est une piste de lecture pour moi, que je n'ai compris que dans son LT). Voilà le résultat de ma 1ère matinée de LT de #asa2011.

On peut trouver le programme du congrès sur le site de l'asanet.org, sous [forme d'un tableau complet aux très multiples entrées|http://convention2.allacademic.com/one/asa/asa11/] (comme c'est toujours le cas pour ce genre de congrès, souvenons-nous que @totoroinparis avait mis deux ou trois jours pour faire la lecture complète du programme de #afs2011). Il est possible de suivre sur twitter le compte @asanews et le hashtag #asa2011. Évidemment, ensuite, il s'agira de s'orienter sur les live-twitters les plus proches de vos intérêts, les LT ne touchant pas encore toutes les sessions. Pour le moment, au vue de ma frêle expérience de moins de un an de LTing, les thèmes les plus souvent Live-tweetés sont les technologies, les sex/gender/queer studies, les études sur la santé et les politiques sanitaires, les recherches autour de la documentations et des bibliothèques, et, last but not least, les gamestudies,bien entendu. Une archive sur twapperkeeper semble avoir été programmée par @pjrey pour l'#asa2011, je ne sais pas ce qu'elle va donner, À surveiller donc.

Bon LT !

vendredi 2 septembre 2011

CONGRÈS AFEA 2011 "connaissances no(s) limit(es)"

Le congrès 2011 de L'association Francaise d'Ethnologie et d'Anthropologie aura lieu à Paris du 21 au 24 septembre. J'y participerai en développant la question des politiques d'accès à la documentation en ligne, celles que j'ai évoquée dans les deux posts précédents, et des implications méthodologiques et réflexives que ces politiques d'accès ont pour le chercheur. Ma présentation se déroulera au sein d'un atelier réunissant de jeunes chercheurs qui se sont tous longuement (j'insiste sur ce point) confrontés à la question des méthodes d'investigations ethnographiques du web et de l'internet. L'atelier a été sobrement intitulé "ethnographies en ligne", et il est organisé par Manuel Boutet.En voici le programme :

Vincent BERRY - “Ethnographie des mondes virtuels : rentrer et sortir du jeu.”

Manuel BOUTET - “La nostalgie des jeux en ligne”

Mélanie GOURARIER - “Un terrain sur Internet et en « dehors ». Continuités et discontinuités d’un parcours d’enquête sur la « Communauté de la séduction » en France.”

Fred PAILLER - “Parcours ethnographique et politiques d’accès aux documents en ligne."

Vinciane ZABBAN - “Du studio de développement aux forums de discussion. Aller là où se font et se défont les mondes de jeu.”

On peut consulter les résumés de chaque intervention sur le document de présentation de l'atelier

Le programme général du congrès vous donne accès au planning des sessions ainsi qu'au livret des interventions des participants.

samedi 13 août 2011

À quoi participe-t-on ?

ce court article a été co-écrit avec l'artiste Pali meursault et publié dans un premier temps par la revue québécoise ESSE art + opinions #63

Quel est le rapport de l'œuvre d'art avec la communication ? Aucun.

Gilles Deleuze1

Se poser la question de la participation du spectateur à une proposition artistique revient à supposer d'abord une relation, dans laquelle il serait engagé. Il s'agit d'essayer de comprendre quels systèmes de relations sont en jeu face à l'art, afin de pouvoir évaluer en quoi la notion de participation a pu en transformer la nature.

Robert Morris fut l'un des premiers à introduire cette notion de participation. Son installation « Participation ; objects2 » avait la forme d'un parcours du combattant que le public était invité à emprunter à travers la Tate Gallery. L'oeuvre était pour ainsi dire inachevée dans l'installation de Morris, jusqu'au moment où les participants la réalisaient en la parcourant. La participation, ici la mise en mouvement du corps dans un lieu dont il n'avait pas l'habitude, engageait une autre appréciation du dispositif, qu'un regard passif aurait cantonné à la sculpture. En vivant le parcours, l'oeuvre devenait autre chose, questionnant justement la relation de passivité empreinte de respect, instituée dans l'espace muséal entre le spectateur et l'oeuvre.

Avec l'essor de la participation au sein de propositions comme celle de Morris, la place habituellement dévolue au spectateur dans la relation à l'oeuvre a changée. Si le spectateur n'y est peut-être pas tout à fait devenu acteur, il est certainement devenu agissant. Depuis les années soixante-dix, le spectateur a été invité à agir de plus en plus souvent. À travers des approches de la performance, de l'installation, de la création d'environnements immersifs, d'un art dit « participatif » et d'oeuvres « interactives », cette question de la relation du spectateur à l'oeuvre a été profondément travaillée.

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lundi 25 juillet 2011

FaceGlat et le binarisme de genre

orientations sexuelles vs. pratiques de documentation : le spin-off

Je viens de voir passer sur twitter la mention par @bodyspacesoc d'un site qui a pour titre Faceglat et qui se trouve présenté par les journaux comme la "réponse juive" ou encore "l'alternative kasher" à Fb. La chose remarquable sur ce site, par rapport à nombre de réseaux sociaux qui considèrent les internautes comme des individus équivalents, se situe dans le fait que dès la première page les internautes sont distingués en fonction de leur genre. Ce site est exemplaire pour illustrer un point que je n'avais pas pu aborder dans l'article sur les orientations sexuelles et les pratiques de documentations : tout réside dans l'accès, dans les politiques d'autorisations à accéder aux documents que choisissent de développer les sites de rencontre ou les SNS.

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dimanche 17 juillet 2011

orientations sexuelles vs. pratiques de documentation : redéfinition des sexualités par l'architecture des sites de rencontre

Ce texte est la version rédigée de ma communication au congrès de l'A.F.S. 5-8 Juillet 2011. On peut trouver un compte-rendu assez détaillé de certaines sessions sur le blog de P. Merklé, ainsi que le pdf du livetweet #AFS11 intégral sur le blog cultureordinaire

Ce texte a été présenté lors de la deuxième session du RT 16 - sociologie clinique -

penser l'articulation du goût, des identités et des pratiques de documentation sexuelle en ligne

# INTRODUCTION:

Je vais aborder la question de l'impact des pratiques du web sur les manières de se définir sexuellement. En effet, les cultures sexuelles et sentimentales, les cultures de l'intime, trouvent leurs repères de plus en plus souvent sur internet, et il faut envisager que la génération des trentenaires est la dernière à avoir amorcé la construction de sa culture sexuelle sans l'usage plus ou moins intense d'Internet. D'où l'intérêt de se pencher sur ce genre de question maintenant. En ligne, il n'existe pas une manière unique de se présenter et de définir ses aspirations sentimentales et/ou sexuelles. Chaque site web génère sa propre manière de se présenter, en conditionnant les formulaires d'inscription. Toutefois, il existe une catégorie qui est systématiquement demandée par les bases de données: celle du genre.

Que l'on s'inscrive pour voir, pour se montrer, ou pour rencontrer en ligne, il faut préciser son genre ce qui correspond, le plus souvent, à dire si l'on est un homme ou une femme. Il est pratiquement impossible de rester à l'abri du genre, de tenter de bénéficier de la neutralité du vocable "internaute", dès lors que l'on navigue sur le web de l'intime. En fait, l'usage final du site est peu important ici, dans la mesure où ce qui nous intéresse c'est l'articulation entre des pratiques de documentation, des circulations entre les pages à l'écran et des déclarations identitaires. Que les sites servent à rencontrer l'âme-sœur ou à rencontrer les partenaires d'une nuit, à discuter en ligne, ou bien à produire des spectacles cybersexuels, ou encore à la seule consultation de pornographie, tous requièrent une identification, au moins par le genre, à un moment donné.

Aussi, les manières dont les internautes s'identifient sexuellement lorsqu'ils se connectent, tout comme celles par lesquelles ils articulent leurs identifications à des pratiques hors-ligne et en ligne, sont essentielles à prendre en considération. Et c'est ce que les sites web vont faire de ces données identitaires qui nous intéresse ici. Je voudrais montrer comment le genre, l'orientation sexuelle, et l'expression des goûts sexuels sont devenus les piliers d'une gestion des parcours des internautes entre les documents proposés par les sites web. Mais surtout, je voudrais montrer comment le web de l'intime n'est pas une surface homogène, que l'on pourrait décrire depuis un point de vue unique avec un vocabulaire fixe, en lui appliquant une carte des identités sexuelle, par exemple, ou en le scindant en en deux (un web sentimental contre un web du cybersexe). Au contraire, cette hétérogénéité profonde du web de l'intime est la conséquence de l'articulation entre les identifications par les données de genre et l'accès aux documents, c'est-à-dire le résultat, non pas de variétés de comportements individuels ni d'objectifs à atteindre tout aussi individuels, mais bien d'une machinerie sémio-technique composite, fragmentaire, incohérente, et pourtant belle et bien efficace.

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